8-Les disparus du Rock "David Bowie "

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hencot
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8-Les disparus du Rock "David Bowie "

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David et les fantômes ou Last Stranger in Paradise
David Bowie pénétra dans le studio désert, qu’il venait à peine de quitter, et se dirigea vers la console éteinte où il avait oublié sa partition. Il n’aimait pas laisser traîner les choses, encore moins précieuses, et ceci était à sa manière un document, une pièce de collection : un vieux songbook des Flamingos, relié d’époque, dont il pensait reprendre un titre pour le prochain Scorsese, une saga des studios Sun retraçant le singulier parcours d’Elvis et de son colonel d’opérette, la genèse du King dans l’Amérique d’Ike, sur fond de standards noirs et blancs.
C'était un chef-d’œuvre du doo-wop qui disait à peu près ceci : « The moon may be high/But I can’t see a thing in the sky/’Cause I only have eyes for you/I don’t know if we’re in a garden or on a crowded avenue/You are here and so am I/Maybe millions of people walk by/But they all disappear from view/Because I only have eyes for you ». Cela datait de 1959 et s’appelait bien entendu « Je n’ai d’yeux que pour toi », le genre de déclaration que toute Américaine moyenne avait envie d’entendre cent fois par jour, et le moyen le plus sûr de pénétrer dans sa chambre et de faire des ronds sur son pick-up. Il avait hésité entre Golden Teardrops et ça, qui n’étaient jamais que les deux étapes d’une même histoire d’amour, l’avant et l’après coup de foudre, mais il préférait la première, à cause de sa poésie adolescente.
En fait, la formule magique, signée Warren et Dubin, datait de 1934, et elle avait été successivement enregistrée par Dick Powell, Frank Sinatra, Peggy Lee, Bing Crosby, Johnny Mathis, et... Tex Avery, en changeant chaque fois d’orchestration et même de couplet. Un vrai manuel de flirt et une recette de hit absolue : on savait y faire en ce temps-là, sur tous les terrains. Mais sa version préférée restait celle-là, la sérénade des flamants noirs roucoulant à la lune, qui faisaient la pige aux Platters, Four Aces, Moonglows, Marcels et tutti frutti, et aurait donné à n’importe quel chanteur normalement constitué l’envie d’en faire sur-le-champ le contre-chant. Il n’y avait que Lynch ou Scorsese pour s’intéresser à un titre pareil, et il imaginait bien le prisonnier de Graceland, affalé, défoncé et repu à la fin de sa vie en train d’écouter ce truc-là et de se demander pourquoi il n’avait pas passé son chemin, ce matin de 1954, au volant de son camion en arrivant devant les fameux studios de l’Union Avenue, à Memphis Tennessee. Sûr qu’il serait encore là s’il n’avait pas poussé la porte et puis la chansonnette, remué de la hanche et fait un certain sourire ravageur du côté gauche, sa botte secrète, à l’ingénieur du son qui avait soulevé une paupière et n’en avait plus retrouvé le sommeil. Comme quoi la fête des mères faisait parfois le bonheur des enfants, puisqu’il avait usé de ce stratagème pour s’offrir une maquette, enregistrer son « souple » à l’intention de sa chère Gladys, et en avait vendu 700 millions dans la foulée. That’s Alright Mama, le cadeau était de taille, et avait fini par l’écraser lui-même : trop d’argent, de disques d’or, de filles faciles et finalement de vide sidéral sur les épaules, trop de parasites, de paillettes dans son microphone et de mauvais films dans sa bio, de vampires à sa porte, qui se payaient sur la bête et en redemandaient, à commencer par ce colonel Parker qui ne l’était pas et s’appelait en réalité Andreas Cornelius VanKuijk, ça ne s’invente pas. 700 millions de disques écrabouilleraient n’importe qui, et David savait de quoi il parlait, après 40 ans de carrière, c’est-à-dire le double du fier sudiste. Au-delà d’un certain nombre de zéros, de ces chiffres qu’un individu normal ne peut plus compter ou lire à l’œil nu, on ne survit pas, a fortiori lorsqu’on est un redneck de Tupelo.
Et le destin avait fait, ou plutôt défait, le reste, lui qui excellait à élever, puis déboulonner les statues, et à propulser de temps en temps un gosse du Mississippi dans les étoiles, bien avant la NASA, pour voir l’effet que ça faisait de marcher sur la tête, de gagner un dollar à la seconde et d’avoir le monde à ses pieds. Celui-là n’en était pas revenu, et il y vivait maintenant à perpétuité, en se foutant bien d’être devenu éternel ici-bas, puisqu’il regardait le show depuis le paradis, comme à l’Orpheum theater de Memphis. C'est la vie, comme répétait le juke-box, and you never can tell.
Restaient les ondes, les enregistrements et les souvenirs de consoles, outtakes et alternate takes, ainsi qu’on disait ici, et les studios regorgeaient de ces voix off, mauvaises prises ou chutes de séances qui constituaient les meilleurs témoignages sur un art et son époque, surtout quand cet art était un instantané. Les chansons étaient alors comme des reportages, deux minutes vingt-cinq de 1959, en direct de McLemore Avenue, température extérieure caniculaire et Cadillac rose à l’horizon : Little Richard arrivait avec ses « belles » et ses boas, remplaçait Chuck Berry qui courait faire la sortie des classes, le pas du canard dans les petits bassins de Malibu, maintenant que Jerry Lee s’était rangé des scooters en épousant sa cousine de 13 ans – Myra pour les intimes – et ne tirait plus que sur son piano. A l’époque, ils en écrivaient 20 dans la matinée, en enregistraient 10 l’après-midi, en vendaient 1 000 le lendemain, et trouvaient ça normal, devenaient célèbres à 18 ans et has been à 22. Des stratagèmes d’après-midi pour emballer le soir même, du prêt-à-rêver pour la fille du voisin, des brouillons d’avenir pour écolières attardées. Des échos de récréation, hymnes de vacances qui sonnaient la fin des billes et des poupées et l’arrivée de l’adolescence. Des cris du cœur, qui tenaient souvent plus du cri que du cœur, avant le passage des sorciers de studios et autres plombiers du tube, capables de vous réparer ça en moins de deux. Et bien sûr, tout le monde cosignait tout dans le désordre, puisqu’on avait l’âge de l’argent de poche. Pas une œuvre de Buddy Holly qui n’ait été aussi attribuée à son producteur. Un autre temps, où l’on se revendait en fin de séance des chansons toutes chaudes pour le prix d’une dose, d’un repas ou d’une passe...
Bowie promena sa main sur le clavier, ces touches policées et muettes où les plus illustres, les hommes aux doigts d’or, avaient voyagé, flâné, fantasmé : inventé la musique populaire des cinquante dernières années. Il y sentait le frisson de Fats, tel un gros chat endormi dans le piano, le feu de Jerry Lee qui couvait toujours sous l’ivoire du couvercle, et la caresse de Nat qui avait enjôlé les notes à vie, leur avait offert des mots auxquels on ne résiste pas. Et il esquissa quelques mesures d’un vieux standard de Ricky Nelson qui commençait par « There’s a place where lovers go/To cry their troubles away/And they call it Lonesome Town/Where the broken hearts stay ». C'était si loin, tout ça, et Nelson aussi avait décollé. Car les avions tuaient les chanteurs, en ce temps-là, de Buddy à Otis, de Patsy Cline à Jim Croce et de Stevie Ray Vaughan au brave John Denver, pour la simple raison qu’ils étaient leur seconde voiture et que la route était déjà bien meurtrière en soi. On appelait ça la malédiction de Glenn Miller. Les voies du ciel résonnaient de tant de voix, à certaines heures, qu’elles auraient mérité un tribute, du genre Sky Song ou The Clouds’Passengers, Otis In The Sky with Crickets ou Peggy Sue Gets To Paradise...
Lui qui était de la classe 47, version UK, il voyait ça comme s’il y était, pouvait leur parler d’ici rien qu’en branchant le vieux micro Shure d’époque qui en avait tant vu, tant entendu, et en y murmurant deux ou trois prénoms de chanteurs disparus, deux ou trois refrains ensevelis à l’hôtel des rockers brisés. Ce n’était pas très compliqué, puisqu’il y avait toujours les mots « souvenirs », « solitude », « regret », « été », « chagrin », « jamais », « cruel », « adieux », « fini », dedans, alors que ces gars-là n’avaient pas 20 ans en les enregistrant et n’en connaissaient même pas le sens : que pouvait-on donc regretter à 20 ans, sinon d’avoir raté la séance de minuit ou perdu les clefs de la Dodge paternelle, pendant que le grand frère rampait sur les sables d’Okinawa, cet Omaha Beach du pauvre? La vérité tombait enfin de la radio comme message d’évangile, et la messe était dite avec la chanson qui suivait, pour repeindre le ciel en bleu et mettre de la poudre aux yeux des filles. Si les claviers d’alors pouvaient parler, ils deviendraient immédiatement best-sellers, et démonteraient plus d’un succès mythique comme on dépiaute un ventre de Chevrolet, flanqueraient par terre le plus romantique des couplets et renverraient aux calendes le plus poignant chagrin de transistor. Il en connaissait même où le prénom tant répété du refrain désignait en réalité l’épagneul du cousin, et bien étonné qui aurait pu continuer de chanter la grande Sally, la bonne Molly, la jolie jolie Peggy, l’ardente Lucille ou la coquine Maybellene après avoir rencontré les intéressées, qui doivent aujourd’hui attaquer leur énième lifting et rechercher désespérément leur reflet dans une pochette fanée, sur des plages ridées par tous les sillons de la terre, rayées par les seuls saphirs qu’elles aient jamais connus. Bye bye baby, and don’t shake anymore, the show’s over : sealed with a kiss.
Côté rockers, les survivants cultivaient leurs implants en direct et se faisaient tirer le sourire, qu’ils gardaient grand ouvert pour que les anciens les reconnaissent, qu’on ne les confonde pas avec le dernier politicien en vue, et les autres étaient morts et enterrés : tous tombés à l’autre front, celui du show-business, et au même âge que leurs GI de fans, tant les guerres finissaient un jour par se ressembler, d’Aloha à Iwo Jima, en mondiovision couleur. A chacun sa Corée, sa corvée. Mais lui, il avait survécu, à Bolan et à Cochran, Lennon et Harrison, Mercury et Marley, Buckley et Buckley, et sur le coup de la soixantaine, il se sentait comme un fantôme du paradis dans ce décor digne d’une archive MGM, ces velours et ces bois flétris d’époque, toutes ces traces et odeurs de passé que seul un professionnel pouvait ressentir, exactement comme un dompteur à la retraite reviendrait dans sa cage déserte et traquerait ses ombres fauves. Il effleurait le piano comme pour lui poser une question, lui dérober un secret, demander à revoir une scène, retrouver la seconde où Pomus et Shuman avaient créé Save The Last Dance For Me. Remonter au jour de Little Sister. Celle-là contenait sa jeunesse. Et il rechercha ses notes, effleurant les touches où s’étaient peut-être posés leurs doigts, avec un fourmillement délicieux, et le regret diffus de ne l’avoir pas faite. Il suffisait de presque rien, sol-fa-ré-la-si, et d’une bonne ligne de basse pour passer à cette fichue postérité qui était à l’apprenti star ce que l’automne est à un tube d’été... Juste un frisson dans la main, qu’on attrape une ou deux fois par vie, comme on saisirait l’air du temps.
Tous, ils étaient tous passés par là, par ces studios, et y avaient laissé leurs vibrations, leur empreinte dans la nacre, ces touches de feeling et de flip, de beat et de groove que tout technicien digne de ce nom ressent en reprenant ses manettes, comme on prend le jus en frôlant un potentiomètre. Tous, ils y avaient cru, avaient frimé, ramé et disjoncté entre deux prises, achoppé cent fois sur un mot qui ne leur allait pas en bouche, qui n’avait pas le bon goût, confondu face A et face B avec la foi du forgeron, pris pour des tubes leurs bluettes et inversement, pour peu qu’elles finissent par « baby » et riment avec « maybe ». Fait l’amour aux Fender et le bœuf avec Les Paul, fait danser les Gretsch et les Charleston, cherché la note et la syllabe qui sonne, noirci leurs pages de lignes blanches comme la nuit. Traqué le succès jusque dans le caniveau, s’il le fallait, et remixé cent fois leur premier et parfois seul hit pour lui faire remettre ça. Joué leur vie sur des quatre-pistes, jusqu’à brouiller celles-ci et perdre celle-là en chemin. Tous. David les connaissait, du temps où il s’appelait encore David Robert Jones et jouait du sax à Soho, les imaginait d’autant mieux qu’il s’était parfois inspiré d’eux, avait grandi avec le petit Richard et Chuck le canard, Elvis the Pelvis et Jimmy Reed, choisi pour modèle de son Ziggy le pathétique Vince Taylor, chanté les American teenagers et autres Young Dudes. Pris les poses et refait les accords, les mimiques et les jeux de jambes, dans des miroirs blasés. Story of the rockers, scandait à bout de souffle Gene Vincent, qui mit un point final à cette histoire en avalant le verre de trop, comme on se tire une balle dans la jambe, cependant que ledit Vince annonçait son come-back en même temps que le retour du messie, et que Cliff Richard lui-même découvrait les voies du Seigneur. Depuis toujours, le rock’n’roll balançait entre dieux et diables, blues et country, Jerry Lee et Pat Boone, et Ziggy le maléfique avait fait la symbiose des deux. C'était une guerre dont il y avait peu de survivants.
Si les studios pouvaient parler, quand ils n’étaient pas devenus poussière ou musées, ils auraient eu des chanteurs à raconter, des passes et des pannes, des fans et des fous, des doses et des pauses, des premières prises qui supplantent les centièmes et des voix témoins qui ne demandent qu’à se lâcher, à révéler qui chantait vraiment le refrain d’un tel et jouait à la place d’un autre, voire qui avait écrit simplement quoi. Qui étaient ces enfants du rock à prénoms de mômes, lunettes et banane, devenus aujourd’hui ses parents, sinon ses grands-parents. Comment naissaient les légendes, en mourant presque dans l’œuf.
Bowie sourit au souvenir de tous ces fantômes, qui semblaient avoir rejailli du vieux songbook silencieux, reposant dans la pénombre, avec ce parfum mêlé du temps où se confondaient trac, sueur, trips et tripes, quand le métier faisait son job, prenait ses voix sans se prendre la tête. Et il se dit qu’en restant encore quelques minutes dans cette cour des Miracles, qui ne payait pourtant pas de mine avec son mobilier des années 50 et ses tentures bordées de nostalgie, il finirait par entendre des voix et se prendre pour Liberace, pour ceux à qui cela disait encore quelque chose : une statue de cire. Lorsqu’il pénétrait dans un ancien studio, pas une de ces usines informatiques qu’on utilisait aujourd’hui, ces « home studios » qu’on aurait pu traduire par « tours d’ivoire », il recherchait toujours leurs ondes, leur ombre, la trace de ceux qui l’avaient précédé et avaient semé ou abandonné là un peu de leur succès, mis la main aux manettes et apporté la manne divine, tutoyé le bon Dieu qui vous scrutait indéfiniment dans le noir, depuis sa cabine céleste, et laissait tomber soudain du ciel un impressionnant « OK ! », ou le terrible « On la refait ! », sans qu’on sache très bien d’où venait la sentence, qui avait vraiment parlé dans le micro. Toute sa vie, et bien qu’il sût exactement à quoi s’en tenir sur la qualité d’une prise ou d’une séance, il avait guetté avec circonspection cette voix anonyme, invisible, indiscutable, qui résonnait soudain de partout à travers les haut-parleurs du studio, et dont il ne pouvait s’empêcher de penser qu’elle venait de plus loin que de son ingénieur du son, et avait quelque chose de magique. « OK, David, c’est en boîte ! » L'« autre » avait parlé, tranché. Dieu était à leurs côtés! Le sien s’appelait Visconti, Tony, avait toujours trouvé les bons mots, et le silence qui suivait avait quelque chose de sacré, quand il résonnait après des centaines d’heures de rerecording, de mix, et des kilomètres de bande à parcourir, ses rubans de vie.
C'était ce même silence qui régnait ici ce soir-là après le départ de l’équipe, la fermeture des rideaux et l’extinction des feux, un silence venu de loin, où il reconnaissait d’un coup tous ses maîtres et pairs, les « habitants du lieu » revenus lui faire un signe, en souvenir des Flamingos et du reste. Tous, ils étaient soudain là, autour de lui, debout dans la pénombre et vibrant de mille sensations, tous les Cochran et Cooke, Holly et Redding, Janis et Jimi, son copain Bolan et Johnny Rotten, Marley et Mercury, Buckley et Cobain... Gene Vincent et Vince Taylor. Morrison et Lennon. Et il se revoyait lui-même à Factory, Hérouville, Hansa, à Muscle Shoals ou à Abbey Road, comme on se fond dans un flash-back, on remonte le temps d’une chanson, puisqu’au fond, on n’en écrivait jamais qu’une dans sa vie, qu’on poursuivait et chassait ensuite comme le Snark, son Yesterday ou son What’d I Say. D’hôtel en loge et de scène en studio, chacun cherchait son port, son Amsterdam dans ce métier.
Il s’immobilisa un moment, soupira aux anges, tant il se comprenait et n’aurait pu dire en un disque entier tout ce qu’il éprouvait là, en serrant entre ses doigts la partition sépia digne des vieux talismans, ce testament du paradis que lui tendait soudain le destin, pour bien lui rappeler la chance qu’il avait eue, de traverser tous ces miroirs et ces feux sans faillir, prendre tous ces avions et ces routes sans partir, ces virages et ces drogues sans finir, avoir tellement défié le sort sans jamais lui céder. A moins qu’il ne fût réellement immortel, une araignée de Mars version 72 ou un extraterrestre, comme dans ce film qu’il avait tourné jadis, qu’il fût à son tour devenu poussière d’étoile – stardust forever – et revenu juste pour transmettre le message, témoigner d’un temps révolu, qui n’avait brûlé que quelques étés et brillé que dans sa tête. Leur dire à tous qu’ils avaient existé, eu 20 ans et fermé la boutique à cet âge-là, franchi la ligne jaune de l’adolescence en invitant tout le monde à les suivre – C'mon everybody – et faire trois pas vers le paradis – Three steps to heaven –, pris à leur majorité des avions pour la Grande Ourse, ou bien décollé en fumée à 27 ans – un autre âge fatidique du rock – pour des paradis artificiels, qui n’avaient rien à envier aux vrais, et étaient au fond peut-être les seuls. Changés en nuages. La vérité se tenait dans les ruines du Rock’n’Roll Circus, à Paris, qui avait disparu de longue date et sans doute rejoint les cendres de son meilleur client au Père-Lachaise : Jim Morrison.
David éteignit la lampe de veille, referma soigneusement son manteau et s’enveloppa dans son écharpe d’alpaga pour qu’on ne le reconnût pas en sortant, qu’on ne le prît pas pour un de ces fantômes évadés de son antre, le dernier rocker s’échappant au crépuscule, avec la dernière chanson du monde sous le bras, ce qui n’eût pas été pour lui déplaire. Et il se dirigea d’un pas lent vers la limousine qui l’attendait discrètement, un peu plus bas. Il avait en main le secret du rock’n’roll, la clef de tous les succès, le plus beau testament qu’on pût faire aux générations futures, et se promettait bien d’en donner une version somptueuse, demain, en séance, en souvenir de ce soir-là, de son coup de blues et de ces sacrées bonnes ondes que la vie lui renvoyait de temps en temps. En hommage aux Flamants fanés, envolés, qui le faisaient planer, l’emportaient autour de minuit dans le ciel de ses 12 ans. A ces ombres de console, ces revenants de l’âge d’or et ces trois notes d’un autre temps qui en avaient fait un étranger au Paradis, ad lib, le dernier rebelle on stage.
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Alain..

Site sur le son et l' enregistrement de Claude Gendre http://claude.gendre.free.fr/
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