Plus vite que la Musique !

La base de notre passion !
Répondre
Macarèl
Membre honoraire
Messages : 200
Enregistré le : lun. 19 oct. 2015 11:40
Localisation : Le bout du bout, à l'extrême Ouest de la Bretagne

Plus vite que la Musique !

Message par Macarèl »

Pour moi, bien entendu, et même si je parle très souvent de Musique, je ne limite pas l’art à la seule expression musicale. Mais cet Art, je veux dire la Musique, est ma drogue et ma fatalité, c’est aussi ma liberté. Permettez qu’elle soit aussi un peu mon souffle ce jour.

Aussi, ne voyez pas dans ce qui va suivre une digression sur Corelli spécialement étoffée, même si cela en possède la couleur, l’aspect, l’odeur.
Non! Il s’agit d’une simple réflexion sur la vitesse, et donc sur la lenteur, qui s’appuie, pour son argumentation, sur une expression artistique que je connais un peu moins mal que les autres.

Il est probable que ces derniers temps, nous avons tous sûrement bougé. Nous avons à coup sûr besoin d’attendre nos Âmes. Car c’est un fait que nos corps ont dû voyager probablement trop vite au cours de ces dernières heures.

La musique qui nous m’occupe appartient à une époque où la primauté absolue de la vie contemplative sur la vie active ne faisait aucun doute... absolument aucun doute. Mais, de nos jours, le modèle d’une vie pragmatique s’est imposé presque partout, y compris dans la façon d’écouter la musique d’autrefois. Nous ne nous arrêtons plus pour contempler. C’est ainsi...

La perte d’une mise en perspective dans la relation qui unit le présent au passé, la sorte de cassure brutale qui en résulte, est une des marques assez évidente, me semble-t-il, d’une période de décadence sur le plan culturel.

Devant ce constat, que pouvons nous faire, ou plutôt que devons nous faire? Car c’est maintenant qu’il nous est donné de vivre ! Et il est hors de question de demeurer indifférents !


Il est vrai que mes propos sont quelque peu mâtinés de mélancolie....Oui...! Car j’ai conscience de vivre le déclin de notre culture musicale, pour ne pas dire tout simplement de notre culture, qui sera remplacée, si ce n’est déjà fait, par quelque chose d’autre..., et je ne suis pas sûr que ce cela soit forcément quelque chose de meilleur. Je trouve en effet que l’industrie culturelle devient de plus en plus pressante, dominée par les lois de la production: elle a constamment besoin de nouveaux produits, et, quand ceux ci manquent, elle les fabrique immédiatement. Ce que j’appelle l’industrie culturelle crée des besoins nouveaux, et, ensuite, se donne la bonne conscience d’y répondre. Son rythme est infiniment plus rapide que tout le reste, et nous devons composer avec ses procédés, nous devons sans cesse tenter de nous adapter. A telle enseigne que cette adaptation continue devient quasiment inconsciente. De fait, si à l’évidence, nous bougeons plus vite, je ne pense pas que nous devenions meilleurs pour autant.

Cependant, je vous l’affirme bien haut, je crois tout à fait dans le perfectionnement des technologies (d’ailleurs j’en use comme tous, parfois même, j'en abuse), je croie vraiment dans l’extension probablement à l’infini du savoir scientifique. Et il nous incombe d’œuvrer au devenir d’une humanité meilleure et mieux éclairée, n’est ce pas?


Je vais arrêter là mon "Credo" dans les avancées techniques, car je ne pense pas que ces perfectionnements soient seuls de nature à améliorer véritablement l’humanité, et justement, travailler à l’amélioration de l’humanité est une de nos tâches évidentes. Si nous persistons dans cette direction sans l’infléchir véritablement, et par les moyens que nous employons actuellement, je suis assez persuadé que les hommes ne deviendrons pas plus sages et plus intelligents que ceux du passé.

Je croie d'ailleurs détenir la preuve de ce que je vous affirme : l’Art, ( l’Art...! ah, quel mot savant pour au fonds la plus simple et la plus humaine de toutes nos activités ), l’Art ne progresse pas !


Notez bien que je n’ai pas dit « ne progresse plus », mais ne progresse pas.

L’Art n’a d’ailleurs jamais progressé. Les poèmes de l’Antiquité ne sont pas inférieurs à ceux de François Villon. Ceux-là mêmes n’étant pas moindres que ceux de Jean-Arthur Rimbaud, de Mallarmé ou de l’ami Xavier Grall.
La peinture de Georges Latour n’est certes pas mineure par rapport à celle de Van Gogh ou à celle de Gauguin ou de Sérusier...Ou encore du magnifique "art pariétal" de Lascaux.

Regardez autour de vous, tout bouge: les paysages et les mœurs. Mais tout bouge plus vite que le ciel et les nuages. Le monde cherche constamment des nouveautés, et cette recherche par trop lassante d’innovations me paraît être la preuve que notre situation culturelle a, en quelque sorte, achevé son cycle.
D’ailleurs, on ne cherche même plus les nouveautés, de nos jours, on nous les « offre ».


Vous l’avez noté: je suis parti d’un point connu qui m’a en quelque sorte servi de référence dans mon propos: la musique des Anciens, et les Anciens eux-mêmes. Et nos Anciens, du fait de leur « lenteur », de leurs « délais », apparaissent vrais, parce qu’en fait, ils existaient tels qu’ils étaient.


Prenons garde, bien sûr, de nous appesantir sur un passé tout aussi rêvé que vécu!

Je sais qu’il convient de faire très attention quand nous parlons d’autrefois.
En effet, lorsque nous évoquons les cultures des époques révolues, soit on prend un ton ironique et l’air de supériorité de celui qui se considère plus évolué que les autres... , soit on s’abandonne à une grande nostalgie, et on imagine tout ce qui s’est déroulé antérieurement à nous sous une forme complètement idéaliste. Ces deux attitudes sont particulièrement pauvres; elles peuvent se confondre facilement l’une avec l’autre, et développer ainsi une vision déformée du passé.


Non, très sincèrement, je ne suis pas du tout un nostalgique des temps révolus. J’ai compris depuis longtemps déjà que par le passé, on a fait les choses différemment, avec d’autres habitudes et aussi d’autres goûts... Et nous, Hommes de notre temps, nous avons à transmettre la culture sans créer des complexes de supériorité, ni des syndromes nostalgiques.


Je sais aussi, depuis que mon ami Jean-Yves a attiré particulièrement mon attention sur l’homme léger et sur l’homme mélancolique, en m’offrant ce qui est probablement un des chefs d’œuvre de Haendel (chef d’œuvre dont nous reparlerons je l’espère un jour), je sais aussi que l’homme mélancolique reçoit les impressions, les images avec plus de fermeté, et qu’il les garde en lui plus longuement que les personnes ayant, disons,... un autre tempérament.


Si vous le permettez, pour essayer d’illustrer mes dires, je vous invite à écouter quelques mesures de Corelli. Pourquoi ce compositeur plutôt qu’un autre?

Parce que je sens que sa musique est tellement belle, dans son allure contemplative, profonde et mélancolique, qu’elle ne doit pas couler dans notre oreille aussi vite que s’écoule notre vie, notre fuite devant tout.
Aujourd’hui la vitesse figure au nombre des valeurs dominantes et cette vitesse envahit également notre intellect, et par là, influence nos sentiments.
Oui ! je pense que la vitesse nous fascine, nous embobine oui, oui!, la vitesse est propre à modifier notre sensibilité. Un peu comme la vitesse de la nouvelle restauration qui nous est proposée chez Mac Do modifiera nos goûts. Nous vivons une époque qui a enseveli les pensées sous les images et qui a provoqué une véritable mutation génétique de l’émotivité, et par conséquent, de la façon de percevoir le monde. Nous regardons beaucoup, mais nous apercevons peu. Lorsqu’on humilie la lenteur, on peut dire qu’on humilie l’âme en même temps; et sous cette humiliation, sans cette qualité de respect des délais, une société est condamnée à mourir de vulgarité.


Je vous suggère de bien penser à tout cela, et je vous propose enfin...d’écouter un extrait d’une sonate de Corelli qui me semble être une musique propre à nous....«désanesthésier »... qui ne doit pas, en tout état de cause, être ingurgitée comme une pastille d’ecstasy... ou tout simplement écoutée parce qu’il le faut, parce que c’est le moment... par ce que « c’est bien d’écouter de la grande musique ».

Non, écoutez Corelli... comme bien d’autres artistes, il ne s’adresse pas à la superficialité.
Prenez le temps de vous poser, de vous laisser aller. Pour une fois, éteignons la lumière que nous voulons absolument allumer pour mieux voir. Il n’est peut-être pas exact de dire que la vue est le plus beau des dons: que dire de l’ouïe ?. D’ailleurs, dans le prénom de Cécile, la patronne des musiciens, la racine étymologique est la même que dans cécité.!!

Pratiquons une sorte de jeûne des yeux et des images. Vous aller trouver cette musique simple parce que belle, belle parce que simple. Une musique humble par rapport à la toute puissance et à l’omniprésence de la technologie. Nous avons peut-être perdu le chemin de l’humilité parce que nous ne savons plus prendre que les voies expresses. N’essayons pas à toutes fins de posséder cette musique; nous serions perdants. Essayons de convertir notre désir de possession en désir réel de contemplation. La beauté nous est nécessaire.


Pour illustrer mes dires, j’ai choisi Corelli qui était un homme libre, nullement inféodé à un mécène. Il portait en lui des siècles de subtilité et de générosité.


Sa production décrit un parcours créatif lent, une sorte de distillation alchimique, car de nombreuses années s’écoulent entre ses oeuvres. Eh oui, il lui faut du temps... La nouvelle cuisine fait les choses vite... et les laisse parfois un peu crues. La vieille cuisine, en revanche, en faisant bien cuire les aliments, les transforme chimiquement. Cette alchimie concoctée par l’ami Corelli est synonyme de lenteur, c’est à dire de durée et de stabilité: c’est une manière de donner une forme et une signification véritable, de donner le caractère sacré d’un geste intense et médité. Corelli faisait mijoter ses sonates pendant des années et les polissait dans les moindres détails avant de les faire imprimer.


Une sonate de Corelli c’est en fait quelques bons moments, chacun desquels est un concentré de grâce, de style et de bon goût. Quelques coups de pinceau distribués lentement, méticuleusement retouchés sur un dessin préparé avec infiniment de soin. Il n’y a que le strict nécessaire, pas une note en trop. Quelques minutes à peine, et c’est déjà terminé. Ce n’est pas une musique que l’on consomme, mais que l’on déguste comme un vin de méditation, une gorgée après l’autre, de détail en détail, en savourant ses couleurs lumineuses bien que toujours parfaitement harmonisées, ses clairs obscurs qui ne veulent pas blesser la vue. (un peu comme le Sieur de Sainte Colombe boit sa coupelle de vin dans sa cave dans le film "Tous les matins du Monde").

La musique de Corelli ne donne pas l ’impression que le temps est aboli, mais plutôt que nous avons été projeté dans une dimension temporelle que nous aurions toujours voulu connaître, et que nous ne connaissions pas: le temps à l’état pur, cette vaste fluidité qu’aucun saut ni obstacle ne pourra jamais interrompre, cette liquidité heureuse comme la surface d’un lac apaisé, lorsque le vent faiblit et qu’il lance aux joues des baisers...


Amis forumeurs...j'ai conscience d'avoir été très long...Trop long !!!

Mais j'ai souhaité vous communiquer mon ressenti sur l'écoulement par trop rapide du temps, en effectuant un parallèle avec la Musique composée par Arcangelo Corelli...d'abord pour attirer votre attention sur ce compositeur, mais également pour écrire un complément à mes radotages relatifs à la définition de la musicalité....
vinyldechezPierre

Re: Plus vite que la Musique !

Message par vinyldechezPierre »

J'imagine que tu n'as pas encore eu de réponse parce qu'il n'est pas facile de te répondre. Et je ne vais même pas vraiment essayer moi-même. Je vais plutot aborder certains points en partageant des idées, des réflexions nourries, bien sur, par mes propres expériences au cours de mes 58 ans.

Mais avant de me lancer, je veux dire que je suis un artiste. Pas musicien, le sujet le plus important ici, mais j'ai fait une école similaire aux Beaux-Arts après des années à créer de façons diverses et avant d'essayer de vivre de mon art pendant quelques années. Je tiens à le dire parce que les créateurs ont une vu des arts, je crois, assez différente de celle des utilisateurs. Je n'aime pas ce mot mais je ne sais pas trop quoi utilisé d'autre.

Du coup, je me sens maintenant obligé de parler un peu de mon français plus qu'approximatif quand j'essaye d'exprimer des idées plus pointues. J'ai déjà parlé sur le forum du fait que j'ai vécu très longtemps à l'étranger mais ce dont je ne crois pas avoir discuté, est le fait que le français est devenu pour moi, en quelque sorte, une seconde langue. En m'exprimant, je fait énormément de traduction vers le français avec des résultats pas toujours très heureux. Il vous faudra donc faire un petit effort de compréhension. Par contre, il ne faut pas hésiter à me demander des explications si ça n'est pas assez clair. Je ne m'en offusquerai pas.

C'est parti.


"Nous ne nous arrêtons plus pour contempler. C’est ainsi..."

NON, ça n'est ainsi que pour ceux qui le veulent. Rien aujourd'hui empêche de vivre une vie plus contemplative. Peut-être pas tout, mais beaucoup de chose nous poussent vers une vie qui ignore la contemplation, c'est vrai. Cela ne veut pas dire que nous sommes obligés de l'accepter. En fait, je trouve qu'on voit de plus en plus de gens qui se mettent à pousser dans l'autre sens. Ras-le-bol de notre façon de vivre aujourd'hui, réflexion sur la futilité de nos vies, autre chose, je ne sais pas vraiment mais il y a une réaction. Par contre, ça n'est encore qu'un tout petit mouvement. Et dur à vivre car ceux qui l'essayent sont très rapidement considérés comme des dingues. :cry:


C'est tout pour aujourd'hui. A bientot.
Macarèl
Membre honoraire
Messages : 200
Enregistré le : lun. 19 oct. 2015 11:40
Localisation : Le bout du bout, à l'extrême Ouest de la Bretagne

Re: Plus vite que la Musique !

Message par Macarèl »

"Nous ne nous arrêtons plus pour contempler. C’est ainsi..."

NON, ça n'est ainsi que pour ceux qui le veulent. Rien aujourd'hui empêche de vivre une vie plus contemplative. Peut-être pas tout, mais beaucoup de chose nous poussent vers une vie qui ignore la contemplation, c'est vrai. Cela ne veut pas dire que nous sommes obligés de l'accepter. En fait, je trouve qu'on voit de plus en plus de gens qui se mettent à pousser dans l'autre sens. Ras-le-bol de notre façon de vivre aujourd'hui, réflexion sur la futilité de nos vies, autre chose, je ne sais pas vraiment mais il y a une réaction. Par contre, ça n'est encore qu'un tout petit mouvement. Et dur à vivre car ceux qui l'essayent sont très rapidement considérés comme des dingues. :cry:

C'est tout pour aujourd'hui. A bientot.[/quote]


J'ai effectivement écrit "nous ne nous arrêtons plus pour contempler"...

Bien sûr, il s'agit là d'une "généralité" qui visait à étayer mon ressenti et mes écrits relatifs à la lenteur et donc à la vitesse.

Ami forumeur, tu me réponds: "non, ce n'est pas ainsi pour ceux qui le veulent.

Je n'enlèverai pas le moindre terme à cette phrase, mais je la nuancerai ainsi: "non, ce n'est pas ainsi pour ceux qui le peuvent.

En effet, il me semble que de nos jours, les activités chronophages ont terriblement pris de l'ampleur (je fais allusion au temps passé devant des écrans divers et variés, au téléphone portable...sans pour autant nier leur utilité).

Il me semble également que nous devons par exemple résoudre davantage de problèmes et de soucis que nos aînés, en particulier en ce qui concerne l'éducation de nos enfants, nos relations avec leurs professeurs, le traitement de leurs petites aventures, la surveillance de leur vie d'adolescents...Toutes choses dont nos parents s'exonéraient assez largement (je te précise qu'hélas, j'ai atteint les 68 ans au dernier mois de mai :oops: ).

Par ailleurs, même si machines à laver le linge ou la vaisselle nous font "gagner du temps", il me semble que tous les objets qui nous entourent, bardés de plus en plus d'électronique, nous posent des petits problèmes (compréhension du fonctionnement et pannes proportionnelles au nombre de machines possédées) nous en font perdre également en écornant notre sérénité.

La "sur information" dont nous sommes aujourd'hui presque les esclaves n'arrange point les choses question sérénité...

Les problèmes contemporains pour trouver un emploi pour soi-même, pour nos conjoints et nos enfants pèsent encore plus sur le côté de la balance que je charge.

Voilà...Il me semble que les Hommes du 21è siècle, pour les raisons sus-décrites (et la liste n'est pas exhaustive, hélas) s'arrêtent moins pour contempler, parce qu'ils sont toujours pressés. De plus, le fait d'être pressés augmente la sensation de pression subie par chacun de nous et contribue à nous enlever la sérénité quasi nécessaire à la contemplation. Et ces éléments perturbateurs ne sont pas de leur fait.

Toutefois, il est peu contestable qu'une partie d'entre nous soit plus ou moins à l'abri de ces éléments causant du désordre dans nos vies.

Bien entendu, le fait que de façon incontestable, une prise de conscience et une réaction à cette "nocivité" aient lieu ne peuvent que nous réjouir. Souhaitons que cette réaction se poursuive... ;)

Ami forumeur, tu pourras bien entendu me rétorquer que la vie contemplative nous procure, ou à tout le moins contribue à nous procurer de la sérénité.

P.S.

Ami vinyldecherPierre, ne t'inquiète pas pour ce qui concerne la bonne compréhension de tes écrits : c'est parfait :!:
Répondre
  • Sujets similaires
    Réponses
    Vues
    Dernier message